« C’est dans la tête »: analyse cartésienne

Celui avec la théorie des clichés

shadok

Cet article est inspiré par un post de Little Wife qui s’est retrouvée confrontée, une fois de plus, à cette fameuse analyse c’est-dans-la-tête-prend-des-vacances-blah-blah que les gens non confrontés à l’infertilité ont tendance à sortir face à nos inquiétudes.

Biquette vous propose donc son analyse de statisticienne (= très cartésienne) de la question.

La leçon à retenir: corrélation ne veut pas dire causalité!!!

Un exemple tout bête: savez-vous que plus il y a d’églises dans une ville, plus il y a de crimes? Faut-il en déduire que la criminalité est le fait de la communauté catholique? Probablement pas… Une explication plus logique serait simplement que plus une ville est grande, plus elle a d’églises mais aussi d’habitants et donc de nombre de crimes! CQFD

C’est un peu pareil en ce qui concerne de nombreux clichés sur l’infertilité:

Les vacances par exemple. Les couples (qui pensent être) fertiles ont tendance à planifier vacances et petits week-ends en amoureux aux moments « clés ». Au début de vos essais, ne faisiez-vous pas ça? A cela, ajoutez l’effet vacances + soleil = libido au top. En gros, ça marche pour environ 20% des couples de vacanciers essayeurs (= +/- les chances de conception par cycle pour un couple fertile). Et qui en parle le plus à ton avis? Cette minorité pour qui « ça a marché ». On entend rarement parler d’une femme qui est partie en vacances et qui n’est pas tombée enceinte pourtant (et les Biquets sont là pour en témoigner) ça arrive très souvent!

Le raisonnement s’applique aussi pour le nouvel appart / le déménagement: quand on pense agrandir la famille, ça s’accompagne souvent de la nécessité de trouver un logement plus grand. Pour 20% des couples (et même plus, un déménagement et une nouvelle installation s’étalant souvent sur plusieurs mois), l’opération « cartons » s’accompagnera d’une bonne nouvelle. Y-a-t’il un lien de cause à effet? Bof… Et à nouveau, quels sont les « cas » dont on entend parler? Toujours ces mêmes chanceux. Ca ne signifie pas pour autant que ça a fonctionné pour tout le monde, loin de là!

L’adoption, le début des traitements FIV: Il semblerait selon la sphère médicale que la stérilité totale soit rare (« il en suffit d’un »). La plupart des cas d’infertilité seraient en fait des cas de faible fertilité, avec différents degrés de faiblesse. Il y a toujours cette « mini » chance de bébé couette. Alors, oui, pour une très petite minorité des couples infertiles, bébé s’installera tout seul au moment de l’adoption/ de la mort du chien/ du début du traitement pour FIV / … (biffez les mentions inutiles). Peut-on parler pour autantd’un lien de cause à effet? Probablement pas. Quels sont les cas dont on parle? Bingo, t’as tout compris!

En résumé, au-delà des coïncidences il y a donc (au moins) 2 biais dans ce raisonnement simpliste du « c’est dans la tête tout ça tout ça »:

  1. Une interprétation erronée de la causalité. Pire, cette causalité va parfois dans le sens inverse de celui de la théorie des clichés: on pense à agrandir la famille donc on déménage plutôt que l’inverse par exemple.
  2. Il y’a un surtout énorme biais de sélection parmi les témoignages: c’est surtout la minorité pour qui ça a marché qui en parle et dont on nous rabache les oreilles parle.

CQFD!!

Fin de la leçon de statistiques…

N’oublions pas de prendre soin de nous parce que c’est important de faire tout notre possible pour garder la tête hors de la m@rde l’eau dans ce parcours du combattant. Si nous pensons que quelque chose peut nous aider, fonçons! Mais surtout, arrêtons de culpabiliser (beaucoup plus facile à dire qu’à faire).

“Just relaxing” or taking a holiday does not “cure” infertility. »
For 80% of couples there is a proven medical cause. For those for whom there is not an explainable cause (“idiopathic” infertility), all that we know is that medical science is not yet able to find the cause. There is no evidence to suggest that stress causes infertility. There is plenty of evidence, however, that infertility causes stress!
(Note perso de la Biquette: Amen to that!!)

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39 réflexions sur “« C’est dans la tête »: analyse cartésienne

  1. Bravo Biquette ! Voilà une bonne explication bien rationnelle! Je renverrai sur ton blog les prochains Fertiles qui me parleront de cause psychologique, pour remettre les points sur les « i ». Mon problème de santé est inexpliqué et mon médecin a eu l’intelligence de me dire que j’étais dans les limites de la médecine actuelle, qu’elle n’a pas encore su en trouver la raison mais qu’il y en a une.Il ne m’a pas dit que c’était dans la tête! Et ce matin, mon acupuncteur m’a dit que le stress n’empêchait pas la fertilité. Ce que j’ai déjà démontré en tombant enceinte à un moment de gross stress. Et NA!!!! Gros bisous

  2. Tombée enceinte pendant les vacances c’est aussi surtout. … parce que certains ont enfin le temps de bai… !!!!! Pfff ça m’énerve les clichés … et comme j’avais lu sur un site sur la fertilité : le pourcentage de couple qui arrive à concevoir un enfant une fois qu’ils ont adopté est tellement faible qu’il n’est absolument pas significatif !!!!

  3. Tellement vrai et cartésien ! C’est vrai que toutes ces histoires qui semblent si évidentes et bien pensantes sont lourdes à porter quand elles ne sont absolument pas vrai pour soi ! C’est aussi ce qu’on appelle des légendes urbaines !!

  4. Lol, c’est exactement ma méthode (application à la pma, mais aussi à mes autres combats…). Figures-toi que l’application du raisonnement cartésien, en citant des sources, les vrais chiffres et les stats… c’est ce que je me suis tuée à faire. J’ai arreté vu le faible résultat, mais m’en sert de temps à autre, tout de même.
    Pour certains des proches informés de cette manière, bingo, ils ont capté ! Pour d’autres (la plupart), pffff…. les préjugés et les légendes urbaines ça a la dent dure, mais vraiment. Pour ces derniers, c’est désormais la méthode « je t’ignore » ou « tu le sens bien mon café brulant dans la tronche? » ou « cynisme (rho… je suis aigrie) » ou d’autres suggestions ? … Car tu as beau expliquer les faits, les réalités… ben non, c’est trop dur de renoncer à son égo « je sais mieux que toi même si je ne suis pas (directement) concerné »… Dur de renoncer aux préjugés, tellement facile de trouver un bouc-émissaire en la personne du « t’y penses trop » ou du « t’as pas pris de vacances c’est pour cela » ou que sais-je encore…
    Pfffff… Fatiguant toussa… Éreintant…
    Comme tu le dis si bien « N’oublions pas de prendre soin de nous parce que c’est important de faire tout notre possible pour garder la tête hors de la m@rde l’eau dans ce parcours du combattant. Si nous pensons que quelque chose peut nous aider, fonçons! Mais surtout, arrêtons de culpabiliser (beaucoup plus facile à dire qu’à faire) ». C’est si bien dit ! Merci ! Bises

  5. Mais pourquoi quand je te lis tout me semble évident et simple, et quand je me retrouve face à une conna*** qui me dépite des stupidités je n’arrive jamais à avoir de la répartie et à lui ressortir les « évidences » que tu viens d’écrire…???
    En tout cas merci pour ta brillante analyse cartésienne ! 🙂

  6. Hé ! Belle analyse ! Dans le même style ; « ah non, mais moi, mes parents, ils ont pas eu de problème, donc j’ai pas de problème ». Donc si je comprends bien, l’infertilité c’est héréditaire. Du coup, ben en toute logique, cela n’existe plus, non ???

  7. Il me plaît beaucoup cet article. A faire lire sans modération en réponse aux affirmations bien cliché ! Moi je réponds systématiquement par ton point 2 quand on me sort l’histoire de Machine qui est tombée enceinte alors qu’elle allait adopter (un exemple parmi d’autres…).

  8. Amen !!!
    Le problème c’est qu’ils ont réponse à tout les cons et que t’as beau leur dire ça, ils ne peuvent s’empêcher de répliquer « oui, mais quand même, ça arrive »
    Les cons ça ose tout 🙂

  9. Et toc ! Mais c’est tellement plus facile de sortir des banalités que de se projeter dans ce que vit l’autre… Perso je ne peux pas trop me plaindre, on ne m’a jamais fait le coup de me dire que c’est dans la tête. Par contre ce que je déteste c’est entendre que je suis « courageuse ». Ben non je ne le suis pas ! Je le serais si j’avais vraiment le choix, mais ce n’est pas le cas ! Tout ce qui s’offrait à moi c’était soit passer par une opération puis la PMA, soit renoncer à avoir un enfant biologique. Mais c’est sûr que pour moi c’est un peu plus dur que pour celle qui m’a dit ça et qui a eu son 1er enfant au C1 et son 2ème au C2 (après m’avoir dit que c’était dur d’attendre!)….

    • Dans les dents! 😉
      C’est marrant que tu soulève ce point du courage car c’est une question qui me travaille aussi. Parfois, je me demande ce qui demande le plus de courage: les examens et traitements ou le fait de renoncer et d’accepter.

        • Sans avoir tenté le coup? Honnêtement, je ne suis pas si sûre… Il faut du courage dans tous les cas et si c’est vrai que ce courage est provoqué (par le sale coup de DNLP), il n’en reste pas moins nécessaire pour affronter la situation, quel que soit le chemin que nous décidions de prendre.
          Minute philosophique du jour, bonjour 😉

  10. Ici sur 37 cycles il y a eu des galipettes
    – au camping (Normandie et Bretagne), l’air de la mer n’y a rien fait.
    – dans les bois hihi (Alsace pays des cigognes pour un week end) et nada
    – dans un superbe hôtel (Ile de la Réunion) changement d’hémisphère, d’océan, d’alimentation, de température et que dalle !!!
    Tout ça dans une détente parfaite biensûr
    Nous sommes les spécialistes du déménagement et rien non plus de ce côté. D’ailleurs on redéménage dans 6 mois lol (et d’ailleurs peut-être dans le pays des cigognes)
    Et pour les cons dont je t’ai vu parler, j’en ai une que j’aime bien pour eux
    « Chaque année il y a de plus en plus de cons, mais je crois que cette année, les cons de l’année prochaine sont déjà là » 😉

  11. Oh biquette je viens de relire ton post, je vais publier mais j’ai de nouveau été confrontée à ca, bon pas exactement quand même, mais un peu, alors ton post m’a fait du bien encore une fois ! Bisous !

    • Héhé contente d’avoir pu t’aider un p’tit peu 🙂 J’ai aussi un médecin gaffeur. La dernière fois que je l’ai vue, elle a paru toute surprise quand je lui ai dit que je détestais qu’on me dise d’arrêter d’y penser et que c’était dans la tête… *gros soupir*

Sois pas timide. Plus on est de fous, plus on rit.

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